12-13-07.07
Vol direct jusqu’à Sorong, petit détour par l’hôtel de luxe pour récupérer la caméra et tout le reste et retour au lapan lapan, l’hôtel 88. Cédric et Yanick décident d’abandonner le tournage concernant la ponte des tortues luths. C’est intéressant mais ça paraît un peu compliqué à organiser en temps voulu. Nous devons quitter la Papouasie au plus tard le 22 août et en plus nous avons déjà filmé à deux reprises la ponte des tortues. Iwein est un Belge que nous avions rencontré avant de partir sur l’île de Misool. C’est un ornithologue mais surtout un grand spécialiste concernant les oiseaux de cette partie du monde. Il nous avait proposé de partir dans les Arfaks, une chaîne de montagnes au nord-est de la Papouasie pour y filmer quelques espèces dont il connaît parfaitement les habitudes. Ce sera sûrement possible pour nous de filmer quelques espèces en 6 jours. Nous planifions le départ et les préparatifs ; demain débutera le dernier tournage de notre expédition.
14-07.07
Nous préparons nos affaires et pour une fois nous partons léger. Seulement 12 sacs ; le voyage va se faire une fois de plus avec le Pelni, bateau de passagers qui couvre toute l’Indonésie. Le départ est prévu vers 17h, le bateau n’a pas mal de retard et arrive vers 21h. Il y a des milliers de personnes ; nous n’avons jamais vu ça. C’est incroyable,

il faut 45min à Margaux et Cédric pour faire un aller-retour du quai au pont et retour au quai. Nous avons un ticket économie, c'est-à-dire, pas de place, même debout. C’est la fin des vacances et le bateau arrive de Sulawesi, c’est le chaos. Cédric réussi à louer une cabine en deuxième classe. Six lits assez confortables et très propres. En deux heures tout est à bord. Iwein est avec sa femme, Like, une Indonésienne de Sorong. Ensemble ils ont monté une compagnie qui a pour but d’organiser des expéditions en Papouasie (www.papuaexpeditions.com). Like reste en bas et surveille le matos pendant que Iwein, Yanick et Cédric font des allers-retours avec les sacs. Margaux n’est au courant de rien. Cédric dans la course l’a laissée sur le pont supérieur avec le premier voyage de matériel. Elle attend impatiemment, entourée de quelques beaux prétendants qui sont prêts à tout pour la conquérir. La cabine est pleine ; Margaux est retrouvée et le voyage se passe tranquillement pendant la nuit.
15-07.07
Nous sommes à Manokwari, une ville dans laquelle nous avions déjà fait escale lors de notre premier déplacement en Pelni. Il est 9h ; une voiture louée par Iwein nous attend, un beau 4x4 Toyota d’une vingtaine d’années que nous chargeons jusqu’au plafond ainsi que sur le toit. Départ pour la montagne. Le village où nous nous dirigeons est

atteignable en voiture ; ça va nous changer mais c’est aussi une des raisons pour laquelle nous sommes ici car il n’y a pas trop de logistique et de temps perdu pour le déplacement. Nous passons de zéro à 1600m d’altitude en 2h30 ; 1 heure de route et 1h30 de piste plus que raide. Après quelques traversées de rivières, nous atteignons le village. C’est un endroit assez développé ; les Papous qui vivent ici sont subventionnés par le gouvernement. Après les premiers missionnaires, 1960, la route, et l’aide du gouvernement. Chacun a une maison en bois du genre chalet avec un affreux toit de tôle qui généralement, rouille et coule après trois ans vu la qualité des tôles. Le pandanus, sorte de plante, ne coûte rien et résiste une dizaine d’années s’il est bien entretenu mais contrairement à la PNG, ici modernisme se conjugue avec tôle, un moyen

pour le gouvernement d’acheter les papous qui ne flairent pas la magouille. Nous sommes reçus par Seth, un habitant local qui connaît vraiment bien la forêt et qui travaille avec Iwein depuis longtemps. Iwein a obtenu une aide pour financer un projet dans la région. L’argent reçu a été donné à Seth qui a construit une grande maison en bois et tôle pour accueillir les touristes qui viennent ici observer les oiseaux. À peine installés, à peine partis ; nous quittons le village pour aller à la rencontre de notre premier sujet, un oiseau de paradis. " Le Magnifique". Iwein a fait construire des caches d’où l’ont peut observer les oiseaux qui font leur parade. Après 20 min de marche nous sommes installés mais la pluie, une fois de plus, gâche nos plans et l’oiseau bien trop frileux ne se montre pas. Like quant à elle nous a cuisiné de la purée de patates, des légumes et du cochon. Nous avons amené avec nous quelques provisions et achetons les fruits et légumes sur place. Le soir nous allons au lit assez tôt pour être en forme.
16-07.07
Debout 5h30, départ au même endroit que la veille ; il pleut et l’oiseau ne vient pas ; c’est un peu décevant mais c’est la nature et on accepte. Nous retournons à la maison et après un petit riz frit nous partons pour le deuxième endroit. Iwein prévoit une heure de marche mais comme nous sommes

surentraînés, il nous faut moins de trente minutes pour atteindre la cache. Cette fois l’oiseau est là, c’est extraordinaire ; il s’agit d’un bower, petit oiseau assez commun, vert foncé qui ne paie pas de mine. Par contre il a développé une technique incroyable pour attirer les femelles à lui. Il construit une énorme cabane, 1,2 mètres de haut pour un mètre de large et pour impressionner la femelle, il entasse toutes sortes de choses autour de sa garçonnière. Il fait des tas de fruits en séparant les couleurs, fait des tas de graines en respectant les tailles et collectionne les élytres de scarabées. C’est un grand maniaque et il passe tout son temps à arranger sa décoration et à nettoyer son coin. Les images sont bonnes ; nous commençons à comprendre l’animal et nous pouvons prévoir ce qu’il va faire.
17-07.07
Debout 4h40, c’est tôt mais c’est comme ça ; les oiseaux paradent tôt le matin et si on arrive trop tard on les dérange et ils ne reviennent pas. Cette fois nous sommes en place vers 6h, Like nous a préparé un riz frit que nous avons mangé à 5h et ensuite marche et cachette dans la mini cabane en fougère. Le but de la matinée est de filmer la parade

amoureuse du parodia. C’est un oiseau de 20 cm, noir, avec 6 longues plumes sur le sommet de la tête. Il a aussi un grand front blanc et un plastron iridescent. À première vue il ne casse rien mais quand on le voit de près il est magnifique et quand finalement on le voit à la tâche, c’est juste inimaginable tant c’est spécial. Depuis quelques mois, pendant la saison des accouplements, le mâle qui n’a comme unique tâche que de s’accoupler avec les femelles, prépare un coin de jungle. Il arrache tout et nettoie complètement l’endroit ; il laisse une branche horizontale qui lui sert de perchoir, le reste est super propre, comme un tapis de mousse. L’endroit mesure 1,5m carré, c’est déjà bizarre mais on n’a encore rien vu. Vers 7h commence la parade ; depuis notre cache on peut voir deux mâles ; un devant à deux mètres et un derrière tout près. La parade commence par des cris ; les mâles descendent ensuite sur leur petit perchoir. Nous nous concentrons sur le mâle dominant, c’est le meilleur. Après avoir bien chanté un vieux cri digne d’un corbeau malade, l’oiseau descend au sol et nettoie sa place. Il éjecte nerveusement les feuilles mortes qui salissent sont petit paradis et soudainement, alors qu’une f

emelle se présente plus haut dans les arbres, il commence la plus étrange des danses jamais vues. Difficile à décrire mais en quelques mots cela donne ça. Il ramène en avant les 6 longues plumes qu’il a derrière la tête ; on dirait alors des antennes. Il les fait frétiller et en même temps, avec les plumes de son torse et de ses ailes, il fait comme une robe parfaitement ronde ; on dirait une robe de châtelaine. Pour couronner le tout, il fait des petits allers-retours de travers en hochant la tête. Soudain il s’arrête, reste parfaitement immobile car la femelle est maintenant descendue sur le petit perchoir et là, clou du spectacle, il prend la pose à John Travolta dans Saturday night fever , une jambe droite et l’autre pliée et fait un twist de la mort que même Elvis Presley n’a jamais égalé. C’est inimaginable, magnifique et tellement drôle à la fois. Margaux ne regarde plus tellement le fou rire la guette. Les images sont exceptionnelles et le soir au visionnage, tout le monde se lâche et rigole aux larmes. Journée excellente ; Iwein maîtrise parfaitement cet environnement et connaît beaucoup de choses. Jusque là toutes les promesses sont exaucées. Encore un bon repas bien mérité. Après 10h passées dans différentes caches à attendre et à filmer les oiseaux, nous avons faim.
18-07.07
Journée pénible, il pleut un peu et nous avons un petit problème. Deux personnes sont engagées au village pour scier des planches à la tronçonneuse. Ce n’est pas génial pour les ambiances jungle du reportage. Iwein et Cédric sont allés voir les gens et Iwein qui parle parfaitement l’indonésien leur demande de prendre une

journée de repos. Nous les payons à ne rien faire, pourquoi pas ! En tous cas ce serait bien que les oiseaux viennent aujourd’hui. Finalement le bower fait son apparition. Il imite toutes sortes de bruits dont la tronçonneuse et les gens qui parlent. Nous mettons plein de belles images et de bons sons en boîte. Cédric met un peu de désordre sur le terrain du bower qui s’affaire à tout remettre exactement comme auparavant. Un peu plus tard le parodia nous refait l’honneur d’une danse. Nous passons en général une dizaine d’heures par jour, cachés, sans faire de bruit ; c’est long mais très intéressant. Quand il se passe quelque chose nous oublions les longues heures pendant lesquelles rien ne bouge ; les oiseaux, c’est comme ça.
19-07.07
Cette fois il faut qu’on filme un autre oiseau de paradis, tout aussi beau mais qui n’aime pas l’eau. Ce matin pas de pluie, on a des chances que ça marche. Après une mini-marche, nous nous retrouvons dans la cache et cette fois, bingo. L’oiseau mesure 20cm et est très coloré ; jaune, vert, bleu, noir, brun. Il a deux très longues plumes à la queue qui ressemblent à une lyre et qui sont turquoise fluo ; il est magnifique d’où son nom latin, Le Magnifique. Lui aussi prépare un coin de jungle tout propre ; deux femelles s’approchent et il commence sa parade. Elle consiste à gonfler les plumes iridescentes de son torse en for

me de gros c½ur et de se retourner les plumes de la nuque tout en les gonflant. Il est méconnaissable. Ensuite il fait des petits mouvements sur son arbre, contrairement au parodia, il fait sa parade sur une branche et non au sol. Les femelles le regardent faire son show. L’après-midi est réservé une fois de plus pour le bower qui continue ses excès de maniaquerie et qui cette fois, décore son nid avec un vieux paquet de biscuits et quelques bouchons de bouteille. Il vole tout ça au village et il a aussi récupéré plus d’une dizaine de pelures de fruits de la passion que nous avions consommés le jour d’avant en chemin. Nous avions jeté les déchets dans la forêt ; il a tout retrouvé et en a fait un charmant petit tas. Le soir, le Parodia ne revient pas ; 3h d’attente… tant pis on reviendra demain avant de partir.
20-07.07
Nous nous levons assez tôt car le tournage se fera jusqu'à 8h30. Puis c’est le départ à la bourre ; la jeep est là et nous quittons le village. Cette fois c’est pour de bon, c’est le dernier tournage chez les Papous. C’est la dernière fois que nous allons dans les montagnes ; la suite, c’est le long retour vers la Suisse. C’est triste et pas facile de se dire que c’est ici que s’arrête notre aventure. Mille mercis à Iwein et Like qui nous ont fait passer des moments magnifiques pour notr

e dernier tournage aussi court fut-il. On est super content du résultat et, terminer l’expédition là-haut, avec les Papous, c’est dur mais c’est bien. Nous quittons gentiment la haute vallée et commençons la descente. Au revoir la Papouasie, la vrai Papouasie, pas celle des villes de colons Indonésiens, pas celle des mines et des soupes de nouilles, pas celle des Papous complexés, pas celle de la déforestation. Nous quittons la Papouasie qu’il faut absolument protéger des envahisseurs. La Papouasie des jungles et des Papous fiers de leur culture, la Papouasie des grands espaces encore libres, le pays d’un peuple qui vit en respectant son environnement sans que jamais personne n’aie eu à le lui apprendre, la Papouasie des vrais amitiés avec des gens tellement honnêtes et généreux que leurs empreintes resterons à jamais en nous. On a vécu les plus belles rencontres ici. Nos meilleurs moments ainsi que la vallée qui disparaît derrière la piste gardent avec eux un peu de ce que nous sommes. Un jour peut-être nous reviendrons pour prêter mains fortes aux Papous ; nous reviendrons par la porte de derrière sans être muselés par le pouvoir en place, peut-être… Nous prenons l’avion pour rentrer et le soir c’est frites-party chez Iwein et Like. Belgique oblige, on sent vraiment le début d’une amitié avec eux, dommage que nous n’ayons pas plus de temps mais ce sera aussi l’occasion de revenir, merci Iwein et Like.